Douce pause automnale

Il est 7h du matin. Je suis en train de boire mon café face à la porte fenêtre de ma chambre. J’ai tout à coup l’envie de sortir profiter de cette matinée d’automne. Je me lève et ouvre grand la fenêtre de ma chambre qui donne sur un grand parc. L’air frais vient immédiatement emplir mes poumons qui se remplissent puis se vide, calmement. Je perçois le gonflement de ma poitrine et de mon ventre à chaque inspiration.
Nous sommes en octobre, l’air est frais et légèrement humide.

Il caresse d’abord mon visage pâle, se prend dans mes longs cheveux, doucement puis vient faire voltiger le bas de ma robe blanche. Tout à coup j’ai une furieuse envie de sentir l’herbe humide sous mes pieds. Je délaisse mes pantoufles sur le bord de la porte fenêtre et franchit, pieds nus, l’ouverture. J’effectue les quelques pas qui me sépare de cette vaste étendue de verdure s’offrant à moi. Je pose un pied. Puis deux. La fraîcheur du sol me fait frissonner, me fait vibrer, me fait sentir tout mon corps. Pas seulement une partie, l’ensemble de mon corps.

Je me sens vivante tout simplement. Je suis seule. Juste moi et la nature.

J’avance et marche au milieu des feuilles mortes tombées de ci de là. Tous mes sens sont en alerte. Le toucher avec la sensation de ma robe qui glisse sur mes cuisses et vient effleurer mes mollets à chaque pas, le contact de mes pieds avec le sol, mes mains qui frôlent de temps à autre une branche ou un buisson, mes cheveux qui se balancent dans mon dos. L’odorat avec les éffluves automnales qui viennent réveiller mes souvenirs d’enfance et me rappellent combien j’aimais ramasser des châtaignes dans le jardin de ma grand-mère il n’y a pas si longtemps. Mes tympans vibrent au doux son des pépiements d’oiseaux, seuls maîtres des lieux de si bonne heure et du bruissements des feuilles encore accrochés aux arbres, doucement portées par la brise.

Je suis subjugué par la chaude lumière matinale qui vient révéler le parc sous ses couleurs marrons cuivrées de l’automne. Mentalement je tente d’enregistrer chacune de mes visions, de mes sensations.

J’arrive maintenant à ce banc que je connais bien, celui ou je viens lire l’été, où je viens regarder la nature renaître au printemps, où je viens regarder les enfants jouer dans la neige et faire de la luge l’hiver, où je viens compter les jours l’automne. Je m’assieds un instant, ferme les yeux. Je suis jeune, Je me sent belle, légère, libre. Je respire à nouveau profondément pour faire entrer l’air frais jusqu’au plus profond de mes poumons comme pour ancrer cette jeunesse à jamais.

Le temps d’un instant tout se déconnecte en moi.

Quand je rouvre les yeux, il y a des gens partout autour de moi. Un couple, une mère et ses enfants qui cherchent quelques choses dans un sac, des jeunes avec une guitare. Ils me scrutent, m’observent. Je baisse le regard, ma vue se trouble, je regarde mes mains tachées qui tremblent. Je ne comprend pas puis je vois que je porte ma chemise de nuit. Je regarde à nouveau ces inconnus qui m’observent. Je vois leurs lèvres bouger mais je n’entends rien, mes oreilles bourdonnent.

Qui sont ces gens ? Que fais-je ici ? Que s’est-il passé ? Une sensation de vertige m’envahit. C’est la panique. Je voudrais me lever, m’en aller mais mes genoux sont comme bloqués par les rhumatismes. A chaque inspiration mon dos me fait souffrir. J’ai mal partout et froid aux pieds. Tout à coup la mère de famille sort de son sac, une paire de pantoufle qu’elle enfile à mes pieds et un gros gilet de laine qu’elle pose délicatement sur mes épaule. Elle s’assoit à côté de moi et enlace mes épaules avec son bras.
Elle se balance doucement, elle me berce.

Je suis perdue mais ce balancement m’apaise. Son odeur m’est familière. Petit à petit ma vue s’améliore et je distingue les sons plus nettement. Je me tourne vers la femme qui me berce et lui demande :
« — Qui êtes vous ? Qu’est-ce que je fais ici dans cette tenue ? »
Doucement, la femme me répond :
« — Ne t’inquiètes pas. C’est moi. Tu as, de nouveau, oublié les quarante dernières années mais ce n’est rien. Je t’ai retrouvée, c’est le principal. Ne t’en fais plus, je suis là maintenant. »

La mémoire me revient doucement. Mon mariage, mes enfants, mes petits enfants, la maladie. Je me laisse aller dans ses bras. Délicatement elle vient poser sa main légère et douce, sur la mienne, vieille et ridée. Je demande d’une petite voix :
« — Est-ce qu’on peut rester encore un moment ?
— Aussi longtemps que tu voudras, maman. »

ma breizh family

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